19 avril 2021

#2 - L'économie, un exercice d'amour !

#2 - L'économie, un exercice d'amour !

Il y a quelques semaines, je vous avais parlé de la fraternité comme étant la valeur fondamentale et indissociable de l'économie (voir l'article). Nos habitudes de pensée interférant dans cette réalité et générant de véritables cancers économiques, nous en avions conclu que l'association généralisée mais confuse entre le travail et la rémunération pouvait être l'un des principaux responsables de ce fléau. Essayons à présent d'y voir plus clair en étudiant la façon dont la rémunération du travail est actuellement fixée.


La rémunération et ses critères

Actuellement, un certain nombre de critères est utilisé pour établir les paliers de salaire. On parle alors du poste à occuper, du niveau du diplôme, de la compétence, des responsabilités à endosser, du nombre d'heures travaillées, de l'expérience. Est-il néanmoins logique, cohérent, voire même légitime de se reposer sur ces critères pour définir un salaire ? Voyons cela !

Le diplôme et la compétence

Le fait qu'une personne employée en tant que "technicien de surface" gagne le smic, soit 8.11€ net de l'heure quand un autre employé "data analyst" monte à 17€ de l'heure, soit plus du double de la femme de ménage, ne pose pas de problème pour la plupart d'entre nous. Nous partons effectivement du postulat que la femme de ménage n'a pas fait d'études, elle peut donc suer toute sa vie pour des piécettes. Par ailleurs, qu'un ingénieur, après de longues études, perçoive un salaire à la hauteur du dipôme obtenu nous semble légitime. On pourrait tout simplement en conclure que la niveau du salaire est en corrélation avec le diplôme obtenu.

Néanmoins, cette conclusion ne tient pas tout à fait face à la réalité. La généralisation du baccalauréat et de l'accès à l'université n'ont pas augmenté les salaires, au point que l'on rencontre facilement des personnes diplômées ayant de faibles revenus.

Par ailleurs, nous sommes de fait tous inégaux, il suffit de regarder autour de soi pour le constater. Nous côtoyons tous des gens plus ou moins intelligents que nous. Alors pour quelle raison valable les mieux dôtés par la nature (ou l'environnement social) pour obtenir un diplôme et acquérir des compétences devraient-ils plus facilement recevoir davantage que les moins chanceux d'entre nous ?

Pour répondre aux besoins du marché ?

Le marché du travail étant soumis aux mêmes lois que les autres, une personne ayant une compétence rare mais très demandée gagnera plus qu'une autre personne aux compétences tout aussi rares mais peu demandées. C'est une "réalité" et personne ne remet ceci en question.

Néanmoins, la crise actuelle démontre que ce n'est pas aussi simple. Nous manquons par exemple cruellement d'infirmières ou de professeurs mais ils ne perçoivent pas pour autant de salaire à la hauteur des besoins du marché de la santé ou de l'éducation. Il n'y a vraisemblement pas de lien logique entre la loi du marché et la hauteur de la rémunération.

La responsabilité ?

Être responsable signifie "être garant de" dont l'étymologie vient de respondus : qui doit répondre de ses actes. Défendre le niveau d'un salaire par le degré de responsabilté est un argument communément admis.

L'argent aurait-il une quelconque vertu à rendre les gens responsables ?
L'actualité de nos dirigeants nous démontre tous les jours l'inverse...

En revanche, la responsabiblité impose au travailleur d'élargir son champ de conscience en fonction de la tâche à effectuer. Et selon la tâche, c'est plus ou moins fatiguant mentalement. On parle alors de charge mentale. J'ai le sentiment que c'est cela que l'on essaye de définir pour fixer une rémunération quand on parle de responsabilité. Mais si l'on rémunère la personne selon le niveau de charge mentale, charge que bien souvent l'on doit ramener à la maison après le travail... nous devrions également établir le niveau de salaire en fonction de la charge physique... parce que celle-ci, on la ramène quoi qu'il arrive...

Bien évidemment, ce n'est pas le cas.

Le prétexte légal

D'aucuns se défendent en citant la loi (bien souvent, ces mêmes personnes n'hésitent d'ailleurs pas à l'oublier quand il s'agit d'éviter certaines dépenses obligatoires) mais s'octroyer un salaire mirobolant parce que la loi le permet implique souvent de vivre au-dessus de ses besoins et non de ses moyens. La conséquence de ce type d'acte inconscient est que d'autres vivent alors en-dessous de leurs besoins parce que les moyens ont été versés à d'autres dont les besoins ont déjà été couverts.

On se retrouve alors dans des situations ubuesques où l'argent non-dépensé du dirigeant est investi sur des marchés financiers quand l'employé doit faire une demande de prime d'activité ne gagnant pas suffisamment de son travail...

La loi n'est pas faite pour être appliquée bêtement sans se soucier des conséquences que cela implique. Elle n'est que l'image qui cristallise l'état d'esprit d'une société à un moment donné. La considérer comme parole d'évangile est le meilleur moyen de la figer.


Soyons sérieux deux minutes et réfléchissons en toute objectivité. L'argent n'a jamais rendu responsable et n'a aucune vertu sur la qualité du travail. Il est tout simplement présent en abondance dans certains secteurs (l'industrie pharmaceutique, l'informatique et certains secteurs du droit par exemple) et particulièrement absent dans d'autres (l'éducation, l'agriculture, la culture, l'essentiel en fait). Je sais, je viens d'enfoncer une grosse porte ouverte en écrivant ceci mais je vous propose tout de même une illustration éloquente des propos tenus, juste pour le plaisir des yeux.

Une illusion intentionnelle ?

En réalité, le caractère particulièrement abstrait des critères de rémunération fait qu'ils ne tiennent jamais face à une contradiction appuyée. En revanche, il permet discrètement aux détenteurs de capitaux d'ouvrir ou de fermer les robinets sur certains secteurs d'activité selon leurs propres objectifs. Il est une simple stratégie de diversion pour que nous ne réalisions pas ce qui se cache réellement derrière ce voile financier.

Parce que reposant sur une grande opacité et une forte confusion, ces critères donnent à l'argent un pouvoir de division extraordinaire en jouant avec nos égos et génèrent des tensions, des jalousies, de l'envie, de l'injustice dans l'unique but de :

Diviser pour régner

Ainsi, la question légitime à se poser pour éviter toute manipulation de part et d'autre est donc :

Quel est le véritable lien entre l'argent et le travail ?

Pour tenter de répondre à cette question, je vous invite à méditer sur la parabole des ouvriers de la onzième heure de l'évangile de Matthieu, chapitre 20.

  1. Car le royaume des cieux est semblable à un maître de maison qui sortit de grand matin afin d'embaucher des ouvriers pour sa vigne.
  2. Etant convenu avec les ouvriers d'un denier par jour, il les envoya à sa vigne.
  3. Il sortit vers la troisième heure, en vit d'autres qui se tenaient sur la place sans rien faire,
  4. et leur dit: " Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui sera juste. "
  5. Et ils y allèrent. Il sortit encore vers la sixième et la neuvième heure, et fit la même chose.
  6. Etant sorti vers la onzième (heure), il en trouva d'autres qui stationnaient, et il leur dit: " Pourquoi stationnez-vous ici toute la journée sans rien faire? "
  7. Ils lui disent: " C'est que personne ne nous a embauchés. " Il leur dit: " Allez, vous aussi, à la vigne. "
  8. Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant: " Appelle les ouvriers et paie-leur le salaire, en commençant par les derniers jusqu'aux premiers. "
  9. Ceux de la onzième heure vinrent et reçurent chacun un denier.
  10. Quand vinrent les premiers, ils pensèrent qu'ils recevraient davantage; mais ils reçurent, eux aussi, chacun un denier.
  11. En le recevant, ils murmuraient contre le maître de maison, disant:
  12. " Ces derniers n'ont travaillé qu'une heure, et tu les as traités comme nous, qui avons porté le poids du jour et la chaleur. "
  13. Mais lui, s'adressant à l'un d'eux, répondit: " Ami, je ne te fais point d'injustice: n'es-tu pas convenu avec moi d'un denier?
  14. Prends ce qui te revient, et va-t'en. Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi.
  15. Ne m'est-il pas permis de faire en mes affaires ce que je veux? Ou ton œil sera-t-il mauvais parce que, moi, je suis bon?
  16. Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers derniers. "